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-- MARAÎCHAGE --
FAIRE SES SEMIS SOUS ABRI

LES SEMIS, POURQUOI FAIRE ?
Outre le fait que c'est drôlement sympa de faire des bébés plantes ? Bon.
- Faire ses propres semis permet tout d'abord de pouvoir gérer presque intégralement la "chaîne de production" de vos plants : vous savez d'où ils viennent, et comment ils ont été cultivés.
- Vous économisez : le prix d'une graine est bien moindre que celui d'un jeune plant, même en incluant les investissements en termes de temps / énergie / amendements, etc.
Comparons maintenant deux façons de semer :
SEMIS SOUS ABRI

SEMIS EN PLEINE TERRE
Avantages :
- Meilleur contrôle des conditions de germination (température, humidité, arrosage, maladies...)
- Excellent taux de germination des semis.
- Croissance rapide
Avantages :
- Moindre investissement en matériel
- Moins d'entretien nécessaire
- Plants vigoureux (habitués aux conditions extérieures)
Inconvénients :
- Infrastructures nécessaires (selon besoins : mini-serre, serre d'horticulture, godets ou mutlicellules...)
- Plus d'entretien nécessaire que pour un semis en pleine terre.
Inconvénients :
- Très peu de contrôle sur les conditions de germination.
- Plants davantage exposés aux intempéries, insectes, animaux et maladies.
Pour résumer : le semis sous abri nécessite davantage d'infrastructures et d'entretien, mais on obtient un bien meilleur rendement.
OÙ SE PROCURER SES SEMENCES ?
En recherchant des semenciers locaux autour de chez vous
De multiples avantages à cela :
- Vous avez un véritable interlocuteur pour vos questions ou vos problèmes.
- Vous avez la garantie que vos semences ont été produites sous le même climat que le vôtre; elles seront donc mieux adaptées que si elles venaient d'autres latitudes.
- Un bilan carbone* bien meilleur : il n'a pas fallu les faire acheminer de l'autre bout de la France / Europe / monde.
Se faire livrer via Internet
Pour éviter les écueils de graines de mauvaise qualité ou produites par des procédés douteux :
- recherchez des semenciers paysans
- favorisez les labels BIO, ou mieux, DEMETER* et Nature et Progrès*.
Quelques sites parmi d'autres :
Via les associations de troc
La qualité des semences n'est pas garantie, et souvent inégale, mais c'est peu cher et on y découvre des produits rares.
BIEN CHOISIR SES SEMENCES
Selon votre climat et votre type de sol
Il est important que ce que vous semez soit adapté au climat sous lequel vous vivez (voir chapitre suivant), mais aussi au microclimat* de votre terrain.
De même, prenez le temps de repérer le type de terre (argileuse, sableuse...) que vous avez chez vous.
ON SÈME QUAND ?
CARTE DE FRANCE DES REPÈRES PHÉNOLOGIQUES*

Retard de 10 à 20 jours
Retard de 0 à 10 jours
Zone de référence
Avance de 0 à 10 jours
Avance de 10 à 20 jours
Zone montagneuse : pour base la région de plaine la plus proche et ajouter 4 jours de retard pour 100 m d'altitude
QUELQUES EXEMPLES DE REPÈRES PHÉNOLOGIQUES :
Car le mieux, c'est encore et toujours de vous adapter au climat de votre entourage immédiat : la floraison de certaines plantes est un excellent moyen de repérer à quel moment certains travaux doivent être faits. La liste ci-dessous est loin d'être exhaustive ; jetez un oeil autour de chez vous et interrogez vos voisins jardiniers !
FÉVRIER


Forsythia : Le traditionnel signal du début des travaux au jardin

Cognassier : deuxième quinzaine
MARS

Violette : Il est temps de semer les vivaces rustiques en extérieur, et sous abri les annuelles et plantes à massifs.

Marronier : son débourrement marque traditionellement le début du printemps.
AVRIL


Prunier : première quizaine
Lila : deuxième quinzaine
MAI


Glycine : première quinzaine
JUIN

Cornouiller sanguin : première quinzaine

Millepertuis : deuxième quinzaine
PRÉPARER SES SEMIS
DE QUOI A-T-ON BESOIN ?
Le lieu :
Peu importe vos moyens, vos plants auront besoin, à minima, de deux choses : une bonne orientation (= de la lumière naturelle !) et une température à peu près constante de 20°C en moyenne.
De façon idéale : > Une orientation sud.
> 18 à 23°C de jour, 18°C de nuit.
> Taux d'humidité de 60 à 90 %
> Pas de courants d'air, ni d'air stagnant.
Tâchons de classer les infrastructures par ordre de "fonds nécessaires à la mise en place" :
-
Chez vous ! C'est plutôt gratuit. Approchez-vous au maximum des conditions idéales citées ci-dessus, en veillant à ne pas disposer vos plants trop près d'une source de chaleur/fraîcheur.
-
Une mini-serre. Relativement facile à fabriquer avec peu de moyens, elle permet de s'approcher de près des conditions idéales, avec pour avantage de pouvoir s'adapter à l'espace dont vous disposez. Un tuto est prévu lorsqu'on s'y sera frottés !
-
Une serre professionnelle. Armature métallique, bâches, tapis chauffants, irrigation... Si vous en êtes là, c'est de vous qu'on apprends !

Le matériel :
> Vos graines...
> Des godets ou des mutlicellules.

Certains sont en plastique, d'autres en fibre de coco...Il y en a de toutes formes, compositions, couleurs. À vous de voir. Bien sûr, ce peut aussi être un contenant de récup. S'ils sont en plastique : prenez-en soin, ne les laissez pas au soleil toute l'année, et ils vous dureront un moment. Pour éviter la propagation de maladies, nettoyez-les à l'eau claire et faites-les sécher après utilisation.
Attention à leur taille : adaptez votre godet à la taille de la plante adulte. Même si vous repiquez* votre plant plus tard, il ne faudrait pas qu'il se sente à l'étroit en grandissant !

> Du terreau de bonne qualité, non traité avec des agents mouillants synthétiques. En gros, pour être tranquille, prenez du bio.
Mélangez-le avec de la terre de votre jardin ou de la terre végétale* à raison de 1 dose de terre pour 7 doses de terreau environ.
> De quoi arroser en pluie fine. Un arrosoir ou un tuyau avec un embout spécifique... Pour éviter d'abîmer vos bébés plants ! Ou alors, soyez précis à l'arrosage !
> De jolies étiquettes. Ou pas jolies, on s'en fiche en fait. Mais ça s'avérera très vite pratique si tous vos godets se ressemblent et que vous avez tout semé en même temps...
> Un carnet de cultures. Utile si vous avez semé beaucoup de choses...ou si vous êtes tête en l'air, et/ou que plusieurs personnes interviennent (comme nous).
Ce qu'il est important d'y noter :
- Votre plan de semis / cultures en identifiant soigneusement de quelle partie du jardin il s'agit. Vous pouvez faire un plan général de votre jardin pour vous y aider (comme une sorte de sommaire), et ainsi nommer sur ce plan vos planches de cultures* (planche 1, 2,3, mini-serre, etc.).
- Le nom exact de vos semis / plants et leur emplacement sur votre planche de culture.
- Les opérations et leurs dates : semis, arrosage, repiquage...
QUELQUES OPÉRATIONS PRÉALABLES
-
Checkez le calendrier lunaire* pour connaître le bon moment du mois pour faire vos semis.
-
Humidifiez vos graines 24 heures avant le semis, afin de les y préparer. Placez-les simplement dans du papier absorbant ou un tissu humide.
BON, ON SÈME OU QUOI ?
Vous avez vos graines ? Votre matos est prêt ? Vous avez choisi un jour approprié sur votre calendrier lunaire ? Alors, on y va !
1 - Humidifiez progressivement votre terreau dans un seau ou autre.
Arrêtez-vous juste avant le stade où vous pouvez former une boule avec.

2 - Agencez vos godets par espèces que vous souhaitez y semer.
Remplissez-les de terreau à ras.

3 - Tassez le terreau en laissant tomber votre godet à quelques reprises,
d'une hauteur d'environ 5cm.

4 - Selon le taux de germination* de la graine (normalement indiqué sur le sachet, ou sur le catalogue du fournisseur), placez 1 à 3 graines par godet.
5 - Utilisez votre doigt préféré pour enfoncer la graine dans le terreau.
Attention, il faut adapter la profondeur à la taille de la graine.

Exemples de profondeur de semis
Ail-------Aubergine---Carotte---Choux---Courgette---Epinard---Fenouil---Haricot---Laitue---Melon---Persil---Poireau --- Radis---Tomate
2-4 cm---1cm--------1cm-----1-2 cm-----3 cm-------1-2 cm----1 cm-----3 cm----0,5 cm--1,5 cm--1-2 cm---1 cm-----0,5-1cm----1 cm
6 - Recouvrez votre graine d'une fine couche de terreau sèche.
Votre godet doit environ être rempli aux 5/6.

BRAVO ! VOUS AVEZ TERMINÉ VOS SEMIS !!
Vous êtes trop balèze.
ENTRETENIR ET PATIENTER
Arroser :
Maintenez la terre humide constamment.
> Attention : humide mais pas mouillée ! Elle doit être fraîche au toucher, mais pas trop collante ni pleine d'eau. Ce n'est pas grave si elle est sèche en surface : pour vérifier, plantez-y votre doigt d'environ une phalange. Tant qu'elle reste humide à cette profondeur, pas besoin d'ajouter de l'eau.
> Préférez un arrosage en pluie fine et uniforme pour éviter de creuser la terre en abîmant les plantules* et en risquant de laisser leurs racines apparentes.
> Lorsque cela est possible, arrosez à la base de la plante en évitant ses feuilles : cela évite les développement de maladies, ainsi que l'effet loupe (les rayons du soleil pouvant alors brûler les feuilles).
> Si la terre est devenue très sèche, arrosez en deux fois : un premier arrosage léger pour mouiller la terre et éviter un effet de ruissellement. Une fois l'eau absorbée, arrosez une seconde couche, plus en profondeur.
Adapter à l'extérieur :
Le temps que vos plants aient développés quelques feuilles, vous aurez peut-être besoin de faire un peu de place pour vos prochains semis - et de toute façon, ils risquent de se retrouver à l'étroit s'ils sont placés en mini-serre. Il convient alors de les adapter progressivement à vivre leur vie de leurs propres feuilles, à l'extérieur !
> Commencez par ouvrir votre serre ou les placer dehors pendant les heures chaudes/tempérées de la journée.
Attention : pas en plein vent, ni dans la pluie, ni en plein cagnard !
> Allongez progressivement cette exposition. S'ils sont en serre, sortez-les.
> Couvrez-les la nuit, et rentrez-les en cas de gel ou de grand froid.
> Une fois les périodes de gels passées (traditionnellement, les Saints de Glace, à la mi-mai, en marquent la fin), vous pourrez les laisser dehors en cessant de les couvrir la nuit. Surveillez malgré tout les températures nocturnes.
Repiquer :
Lorsque vos plants auront grandi, il s'avérera sûrement nécessaire de les repiquer afin que leurs racines ne soient pas trop à l'étroit. L'opération est relativement facile :
> Choisissez un volume de pot deux fois plus grand.
> Comme pour un semis, humidifiez votre terreau.
> Lors du transfert, tâchez de maintenir la motte entière sans exposer les racines. Si ces dernières étaient à l'étroit, elles auront formé un chignon : il convient alors de défaire ce chignon avant de rempoter (à la main ou avec un couteau propre).
> En complétant par du terreau, veillez à ne pas enterrer le collet* de votre plante pour ne pas l'étouffer.
Transplanter* :
Vous pouvez choisir de planter en pleine terre vos semis, une fois qu'ils auront grandis et se seront adaptés à l'extérieur. Un tuto sera réservé à cette étape.
CONSERVER VOS GRAINES ET VOTRE MATÉRIEL
Vos graines :
Vous pouvez les conserver soit au congélateur, soit dans un endroit frais, sec, à l'abri de la lumière.
Attention, elles ne se conservent pas éternellement ! Elles perdent leur pouvoir de germination à mesure du temps. Au bout d'un ou deux ans, vous pouvez vérifier cela en en laissant quelques-unes sur un papier absorbant, constamment humidifié, pendant quelques jours.
Votre matériel :
Comme précisé plus haut, il faut éviter l'installation et la transmission des maladies. Pour cela, nettoyez après votre opération votre matériel à l'eau claire, et veillez à ce qu'il soit bien sec avant de l'entreposer. Un tutoriel sur l'entretien du matériel est prévu.
LEXIQUE
Bilan carbone
Désigne la pollution émise pour chaque action entreprise, ou pour la création / obtention d'un objet ou d'un service, en tenant compte de l'ensemble de sa composition.
Par exemple, le bilan carbone d'un trajet Paris-Berlin en voiture représente :
- l'émission de pollution produite en vous déplaçant avec votre véhicule
- l'émission de pollution créée lors de la production de votre véhicule. Cela inclut donc la production de chaque matériau le composant, ainsi que les ressources (énergies, eau) et infrastructures qu'il aura fallu pour extraire les matières premières permettant de les composer, puis pour mouler, assembler, etc.
- la pollution créée pour l'acheminement de votre véhicule depuis l'usine jusqu'à son point de vente
- la pollution créée lors de son démantèlement / recyclage.
Calendrier lunaire
Calendrier prenant en compte l'influence, positive ou négative, de la lune sur les travaux du jardin.
Collet
Partie de la plante située sur la tige, au-dessus des racines, au niveau de la terre.
Demeter (label)
Label de la culture en biodynamie. Il propose un cahier des charges plus exigeant que le label Bio européen.
Microclimat
Désigne le climat immédiat autour de votre jardin / habitation. Il tient en compte de l'influence de constructions et végétations environnantes qui peuvent influer sur l'ensoleillement et les vents.
Nature et Progrès (label)
Label sur les produits biologiques proposant un cahier des charges plus exigeant que le label Bio européen.
http://www.natureetprogres.org/
Planche de culture
Désigne l'organisation de cultures en plates-bandes de même taille, entre lesquelles on dispose des allées de passage.
Plantule
Jeune pousse ne comportant que quelques feuilles.
Repères phénologiques
Désigne la façon dont on se sert de la date de floraison de certaines plantes comme d'un repère pour certains travaux du jardin.
Repiquage
Technique consistant à déplacer une plante vers un autre contenant plus grand.
Semis directs / en pleine terre
Désigne, par opposition aux semis en intérieur, la technique consistant à semer directement à l'endroit où l'on a l'intention de cultiver la plante.
Taux de germination
Désigne le nombre moyen de graines qui germeront. Généralement exprimé en pourcentage.
Terre végétale
Terre fertile, apte à la culture.
Transplanter
Action de déplacer une plante depuis son contenant vers la pleine terre.
RÉFÉRENCES
4 saisons - Hors série # 18 - Janvier 2019 - Terre Vivante
Le jardinier-maraîcher - Jean-Martin FORTIER - Ecosociété
Permaculture et agroécologie, créer sa micro-ferme - Linda BEDOUET - Rustica Editions

